Lila Ferragu-Clément, étudiante en master 2 dans le domaine d’études Alt Zéro est lauréate de la bourse de recherche-création de la Cité de l’architecture et du Patrimoine en 2026. Ce concours porte sur le dessin à la main, envisagé comme outil critique, sensible et exploratoire portant sur les enjeux écologiques contemporains. Le thème de cette année « Habiter le vivant » : vers une architecture en dialogue avec le monde animal et végétal rejoint la recherche menée par Lila tout au long de son cursus, à travers une pratique du dessin au service de la compréhension des dynamiques vivantes.
Dans le cadre de cette bourse, Lila s’attachera à la fabrication d’un carnet dessiné, à la manière d’un Atlas, répertoriant les dispositifs vertueux installés sur la ferme du Grand Laval et déchiffrant les interactions entre communautés biotiques et les espaces bâtis. La méthode de recherche-création qui sera mise en place est une démarche exploratoire qui se décompose en 2 phases : des temps d’exploration et d’observation, de dessin et d’enregistrement d’ambiances sonores sur le terrain puis la réalisation d’une petite cartographie à l’échelle de la ferme pour recontextualiser les espaces observés ainsi que la réalisation d’illustrations qui feront le récit sensible des moments passés au cœur de cet écosystème partagé.
Lila a d’ailleurs choisi de réaliser un stage qui vient nourrir ce projet, au sein du LIFAM, laboratoire de recherche de l’ENSAM, encadré par Éric Watier de novembre 2025 à juin 2026 et partage ici son expérience.
Le stage de recherche : une opportunité d’explorer, d’approfondir son sujet et de développer un esprit critique.
Les missions de stage de Lila portent sur un projet éditorial de revue et sa fabrication de A à Z, intitulée Dossier dessiné, qui paraîtra annuellement. L’impression sera faite à l’atelier de risographie de l’ENSAM.
Cette revue a pour but de valoriser la pratique du dessin sous toutes ses formes, à travers des interviews de professionnels de différentes disciplines : couturier.ère, ethnobotaniste, professeurs en école d’architecture, artistes… Le thème retenu pour la première édition est le vivant.
Lila est en stage deux jours par semaine et le reste du temps, elle travaille en autonomie sur ses recherches bibliographiques et dessinées. En effet, elle tente de construire une méthode de mise en dessin de concepts philosophiques tirés de courants qui bouleversent les convictions écologiques occidentales. A travers l’exploration des écologies politiques et des éthiques environnementales, elle cherche à rendre graphiquement compréhensibles des concepts complexes nécessaires à la mutation de nos manières d’habiter. Ses recherches se nourrissent des riches travaux de Philippe Descola et de Baptiste Morizot, entre autres. Son stage est l’occasion d’approfondir et d’accompagner sa démarche de recherche par la fabrication d’un objet éditorial singulier.
La pédagogie singulière du domaine d’études alt Zéro et ce stage recherche lui permettent de donner du sens à une pensée architecturale consciente de sa place dans le tissu complexe des interactions vivantes.
L’architecture et le vivant
Comment prendre conscience du maillage d’interconnexions et de continuités dont nous faisons partie ? Comment habiter et cultiver en soutenant les dynamiques écosystémiques de notre milieu ? Lila s’est penchée sur un sujet ancré dans la réalité de l’urgence climatique et des enjeux environnementaux et sociétaux en ayant la possibilité de choisir son terrain de recherche. Elle choisit de réaliser son PFE sur la réhabilitation d’un poulailler industriel converti en une architecture capable d’hospitalité qui soutient de nouvelles pratiques agricoles. Pour explorer la complexité de ce sujet de recherche, elle mobilise différents outils comme la cartographie, le relevé dessiné, la prise de sons et les entretiens semi-directifs en partant à la rencontre d’acteurs qui œuvrent sur le territoire à une meilleure compréhension des dynamiques écosystémiques au contact des espaces agricoles. Sa formation en lycée agricole lui donne accès aux bases de l’écologie, de la biologie et de l’agronomie, qui lui permettent d’appréhender le maillage de nos interactions avec le vivant et son dialogue avec l’architecture.
Durant son enquête de terrain, elle découvre dans la Drôme, la ferme du Grand Laval, où une équipe de scientifiques et philosophes œuvre au retour de la vie sauvage dans un milieu vidé par des années de monoculture. La diversité des dispositifs agro-paysagers et des microarchitectures hospitalières en place sur la ferme seront les protagonistes du carnet de dessin produit pour la Cité de l’Architecture dans le cadre de la Bourse dessinée.
Ce qui donne du sens à ses études, c’est de penser des architectures à la hauteur des métamorphoses philosophiques dont nous avons besoin pour faire face aux bouleversements climatiques. Sa démarche de recherche lui permet de réfléchir aux chemins d’actions qui concrétisent d’autres manières d’habiter – donc de relationner avec l’architecture et le vivant au sein de territoires bouleversés.
Un premier pas vers la recherche
Lila souligne l’utilité du stage recherche à plusieurs niveaux. D’abord, la possibilité d’approfondir un sujet de recherche en étant accompagné par un enseignant-chercheur. Ensuite, l’exploration des méthodes de recherche et enfin, l’ouverture à un parcours recherche après le cursus initial.











