Habiter demain en Petite Camargue, une question de méridionalité

La méridionalité au cœur de la pédagogie

De par son implantation territoriale, entre mer et relief, l’ENSAM se doit de répondre, à travers sa pédagogie, aux enjeux climatiques et de transformations du littoral en incluant la culture technique méditerranéenne. La méridionalité, ancre la pédagogie dans les spécificités climatiques, culturelles, territoriales et constructives propres au bassin méditerranéen et aux pays du Sud.

Face à la nécessaire transition écologique, l’architecture se doit de porter ces questions de confort global et de réversibilité d’usage grâce aux fondamentaux que nous mobilisons constamment dans le projet, notamment à travers la coupe et la maquette qui font naître l’espace, la lumière, la ventilation, les dispositifs spatiaux tels le servant/servi, les matières en œuvre, etc.

Le domaine d’études “Vers une architecture située” traite de ces problématiques à travers les notions d’habitat, de mobilités et de confort. La pédagogie s’oriente vers un apprentissage qui interroge la relation entre architectures et paysages méditerranéens au sens large du terme. Une approche de l’architecture qui pourrait s’inscrire dans une forme de régionalisme critique, mouvement défini par Kenneth Frampton, historien de l’architecture.

Embrasser simultanément les aspirations progressistes et universalistes du mouvement moderne et faire corps avec le contexte (social, culturel, géographique) dans lequel s’inscrit l’architecture. Pour cela, le lien inextinguible entre les deux champs culturels que représentent l’architecture et le paysage est renforcé.

Un territoire de projet mouvant

Située entre les côteaux du Rhône et la mer Méditerranée, la Petite Camargue présente un archipel de communes.

Le Rhône a généré une géographie sédimentaire, composée d’une mosaïque de milieux : cordons dunaires, boisements, roselières, sansouires, marais et landes sauvages.

La présence humaine remonte à l’Antiquité. Au Moyen-âge, l’avènement du christianisme et l’établissement d’abbayes confie à des moines l’objectif d’aménager les marais, en développent l’agriculture, par l’assèchement des marais et l’exploitation forestière avec pour objectif principal de produire du bois pour la marine.

En 1240, Saint-Louis rachète les terres d’Aigues-Mortes pour en faire un port fortifié et bénéficier d’un accès direct à la mer Méditerranée. Du XVIIème au XIXème siècle, l’extension des salins et des bourgs contribuèrent à l’avancée de l’agriculture dans le delta. Au cours du XXème siècle, l’intensification de la riziculture et du maraîchage accentue l’industrialisation et l’urbanisation de la Camargue et par conséquence, la régression des zones humides du delta.

À partir des années 60, la Mission Racine investit massivement le cordon littoral pensant le figer, grâce aux projets de ports de plaisance et de grandes stations balnéaires (Port Camargue, La Grande Motte,…) mais aussi à l’aide des grands barrages sur le Rhône qui bloquent l’apport de sédiments de l’amont vers le delta.

Une prise de conscience apparait au début des années 70. Un ensemble de mesures de protection seront alors mises en place qui conduiront aux créations des réserves naturelles (Parc Naturel Régional de la Camargue, Etang du Scamandre, conservatoire du Littoral).

Aujourd’hui le territoire de la petite Camargue est menacé de part et d’autre de submersion, de salinisation des sols, et d’une évolution plus que probable du trait de côte à un horizon court quand on connait les temps des politiques d’aménagement. C’est sur ce territoire qui caractérise la méridionalité que les étudiants ont appuyé leurs travaux à travers la pratique exploratoire du projet d’architecture et de paysage.

Une exposition sur le confortement du territoire

Retraçant le travail mené depuis deux ans en Petite Camargue, l’exposition “Habiter demain en Petite Camargue” présentée dans les remparts d’Aigues-Mortes, rassemble les travaux des étudiants du domaine d’études “Vers une Architecture Située “. Ces projets proposent un regard décomplexé sur la commune de Saint Gilles, sa périphérie et Aigues-Mortes, convoquant la question de l’habiter. Sont également interrogés, les infrastructures liées aux mobilités et le tissu urbain ainsi que la notion de confort à l’aune de l’évolution climatique et des risques présents sur l’ensemble de ce territoire de la méridionalité.

L’urgence sociale et environnementale exige une évolution de la pratique architecturale et, par corollaire, de son enseignement. La notion de confort est une notion confuse héritée de la modernité et qui s’entend globalement aujourd’hui comme une aide mécanisée au bien être de chacun (transports, ascenseur, climatisation, etc.) alors qu’étymologiquement, il s’agit de porter secours et d’apporter une aide matérielle et morale à quelqu’un.

Ce travail pédagogique engage ainsi une réflexion sur le confortement du territoire, entendu comme la capacité du projet à accompagner les mutations en s’appuyant sur le réel, les ressources disponibles et les fondamentaux du projet architectural. Cette approche considère l’architecture non pas comme une discipline autonome et autocentrée, mais comme une pratique située et cultivée, capable de s’adapter aux mutations climatiques et de penser l’espace comme production sociale, culturelle et sensible.

Les projets présentés dans l’exposition répondent à trois enjeux de la méridionalité :

– limiter l’imperméabilisation des sols afin de participer au confort thermique et hydrologique du territoire ;

– développer des dispositifs de confort passif à l’échelle du bâtiment ;

– produire du lien à toutes les échelles, du plus intime au plus collectif, dans les espaces projetés.

À l’ère anthropocène, nous ne devons plus aménager le territoire mais le ménager et le conforter.

L’exposition en partenariat avec le Centre des monuments nationaux est à découvrir dans trois tours des remparts d’Aigues-Mortes :

Les travaux du semestre 7 portant sur Aigues-Mortes

Les travaux du semestre 8 portant sur Saint Gilles

et enfin un espace dédié aux projets de fin d’études (PFE)

Le vernissage s’est déroulé en présence de nombreux élus et partenaires, parmi lesquels Henry Brin, conseiller régional d’Occitanie, Laurence Barduca-Fauquet, conseillère départementale du canton d’Aigues-Mortes, Incarnation Challegard, adjointe au maire d’Aigues-Mortes déléguée à la culture et au patrimoine, Géraldine Breuil, adjointe au maire de Saint-Gilles déléguée au patrimoine, à la rénovation du centre historique, à la politique de la ville et au plan santé, Marie-Laure Fromont, administratrice des Tours et remparts d’Aigues-Mortes.

Équipe pédagogique : HAMERMAN David, Maître de Conférences TPCAU, LE QUER Pierre, Maître de Conférences associé TPCAU, ORSINGHER Céline, Maîtresse de Conférences associé VT, APACK Jérôme, Professeur TPCAU, LEGOUIS Yann, Maître de Conférences associé TPCAU, BOSC Stéphane, Maître de Conférences VT, GRENIER Mathieu, Maître de Conférences TPCAU, RAVON Jean-François, Maître de Conférences associé VT, NAVELET Olivier, Maître de Conférences associé TPCAU, TITEUX Catherine, Maître de Conférences, Docteur en histoire de l’Art et Archéologie

Exposition du 3 juillet au 7 septembre 2026

Lieu de l’exposition : Tours et remparts d’Aigues-Mortes, place Anatole France.